• Mention spéciale du jury
  • Hors Cadre
  • 2020

Le titre le dit bien, sans la mémoire on est rien.

La mémoire est même capable d'aider dans les situations dures.

Elle vit actuellement depuis 6 ans dans une cellule de prison, et a encore 2 ans à faire.

Le fait d'être incarcérée dans son cas est normal, donc elle assume. Elle a la chance d'être seule et cela lui donne l'occasion de penser. Elle se réveille la nuit vers 3h et réfléchit à sa vie. Beaucoup de choses lui reviennent. Elle en raconte ici une petite partie et cela lui fait du bien. Elle écrit également sa biographie très complète, mais ci-après un peu de ses souvenirs, afin de comprendre la route de la mémoire.

Elle est née en 1948 d'une mère célibataire. Dans le temps, cela n'était pas correct, et inadmissible pour les parents. Elle avait 6 semaines quand ses grands-parents ont pris la décision de la prendre avec eux. Elle a grandi dans une cellule familiale parfaite. En ce temps-là la vie était dure, la ville détruite par la guerre, il n'y avait pas beaucoup à manger, mais elle reçut beaucoup d'amour de ses grands-parents. La grand-mère était une intellectuelle ayant travaillé comme traductrice au Tribunal en Angleterre, où elle fit la connaissance de son futur mari, lequel était coiffeur et avait comme elle fuit son pays d'origine.

Tout cela elle l'avait oublié, mais en cellule elle avait du temps, et sa mémoire redevint active. Elle se rappela que sa grand-mère lui parlait toujours en anglais, ainsi que dans sa langue maternelle. La petite pouvait parfaitement comprendre et parler cette langue. Elle sut également écrire vers 6 ans, avant même de rentrer en première année scolaire.

Elle avait 14 ans quand son grand-père décéda, et elle en fut fort malheureuse car il n'était pas facile de vivre avec une grand-mère pleine de principes. Elle refusa de continuer ses études, c'est-à-dire de rentrer au lycée. Donc, il fallait faire autre chose. Travailler. Ce qu'elle fit. Ainsi elle débutera la vie professionnelle en travaillant cinq jours par semaine tout en fréquentant également l'école à raison d'une journée hebdomadaire, afin d'y apprendre l'économie commerciale, etc ...

Entretemps, elle fait la connaissance d'un homme dont elle tombe amoureuse. Lorsqu'elle apprend sa grossesse, sa grand-mère horrifiée lui trouve un logement et la met à la porte. De plus, elle prend contact avec les parents de l'homme et signe un document afin de la marier vu qu'elle est mineure, elle avait à ce moment-là 17 ans. Sa grand-mère lui a dit : « Tu ne seras pas comme ta mère ! ».

La situation était difficile mais comme elle n'avait pas connu la vie avec une mère et un père, elle se disait qu'elle ferait tout pour que son futur enfant ait les deux, et une vie meilleure.

Elle a encore beaucoup de choses à raconter, ce qu'elle fait dans sa biographie de déjà 300 pages, et qu'il est impossible et inutile d'insérer ici, elle s'arrêtera donc là pour l'instant ...

Dans la solitude cellulaire, elle a pensé qu'écrire sa biographie, grâce à sa mémoire, l'aidera à survivre. Elle a également commencé à peindre sur toile (autorisée par la Direction de la prison). Elle peint les émotions naissant de ses souvenirs en utilisant tout un panel de couleurs, bouquets de fleurs, tableaux abstraits, etc. Sa cellule est devenue un véritable atelier de peinture.

Tout cela a été possible grâce à une mémoire lointaine. Elle la donne à ses 4 enfants et ses 10 petits-enfants.

Bonne lecture.

Viola