• Lauréat du prix
  • Poésie
  • 2021

Et si j'étais un animal,
serais-je un poisson ?
Ou aurais-je la tête
hors de l'eau
avec une gueule
aussi féroce
que l'hippopotame ?

Le crocodile me dites-vous ?
Le pourquoi est ma question.
Je n'ai pourtant
que 26 ans,
me comparer à un si vieil animal
est pour moi
un sujet fâchant.

L'éléphant,
en revanche,
me correspondrait mieux.
Pas pour sa mémoire
presque inégalable
ni pour
son incomparable intelligence,
mais pour sa fine peau
aussi fragile
que difficilement
perforable.

Les prédateurs
sont en quête de nourriture
mais
je ne marche pas seul.

A la moindre attaque,
les petits
sont protégés.
Je me dresserai
sur deux pattes
pour repousser le danger.

Comme un homme âgé
ma vue est médiocre
depuis mon plus jeune âge,
par contre,
mon ouïe
est excellente.

J'entends tellement bien
que parfois,
je verse une larme
pour les animaux
d'une autre espèce
que je n'ai pas pu sauver
des attaques carnivoresques.

L'aventure est longue
mais
les journées sont courtes.
Je passe mon temps
à manger la verdure
sur mon chemin,
en me dirigeant jusqu'au point d'eau

ma famille et moi
irons jouer.

Ma trompe
poussa
pendant de nombreuses nuits,
comme les cheveux
poussent
sur le crâne d'un être humain.

Petit,
ma mère perdit sa liberté
des savanes africaines.
Les chasseurs et les braconniers
me l'ont prise,
mais
elle ne marche pas seule.
Son destin
en tant que sage de la savane
lui est maintenant retiré.
A présent,
son futur
appartient
à celui d'une bête de foire.
J'ai cherché à comprendre
pourquoi l'Homme
est ainsi.
Mais ce mystère
m'est toujours incompréhensible.
Le sort de sa liberté
ne lui appartient plus.
Elle est fouettée
au moindre désobéissement.

C'est dans la douleur
qu'elle plaît
à la stupeur
du public.
Elle est malheureuse,
et pourtant
elle ne mérite pas cela.
C'est d'un comportement
bien ordonné
qu'elle se conduit.

Le lion est si docile,
il se laisse facilement habiller
contrairement au tigre blanc.
Je vous raconte ça
car vous,
les souris,
tant que vous avez de quoi manger
vos oreilles
sont attentives.

Vous m'excuserez
mais
le tour de mon spectacle
est proche.
Je le sais.
Car
celui de ma mère vient de se terminer.

21.01.2021

Cédrick Marsan