• Finaliste
  • Poésie
  • 2020

L'esprit vide, je n'avais plus de sentiments, plus de rêves, plus d'envie, plus de vie…

Une lourde porte venait de se fermer derrière moi, avec une légèreté indescriptible.

Comme moi, effacé, c'est ça, effacé, voici ma première pensée d'homme sortant enfin de peine.

Quinze années sans oublier toutes les autres, celle d'avant, du temps ou encore jeune et vigoureux

Je frimais la bêtise des dures à cuire. Il est bien loin ce temps-là, très loin de cet air que je respire. Je suis à nouveau libre ; libre sans liberté car je me sens prisonnier encore.

Prisonnier non des murs, non de la vie, mais prisonnier de moi, oui c'est ça, de là vient mon vide ; je suis épuisé de me battre, surtout contre moi...

J'ai beau regarder autour de moi en avançant le pas hésitant, personne m'attend même la nature a décidé de me bouder, le ciel est sombre et la pluie froide.

Je me sens vulnérable, loin de cette cellule qui m'a hébergé avec mes peines.

Que vais-je faire, là où je dois aller je n'ai pas envie d'y aller. Et pourtant il le faut, c'est obligé, il me faut me réinsérer dans cette société qui m'a si souvent rejeté.

"Monsieur, il ne faut pas rester là" me dit le portier de ma dernière demeure.

"Il faut aller au-devant d'une nouvelle vie !" Tu parles d'une vie et qui dit que j'en ai envie,

Lui réponds ma conscience dans le silence de mes mots. "Tu vois ici tu déranges, allez va, remue-toi, tu verras bien" continue-t-elle. Quand elle s'y met, elle m'énerve à un tel point qui si je pouvais, je la tuerais. Cette réflexion me tire un rictus fade. Mourir ne m'intéresse pas. Enfin, je réagis, je sors de ma léthargie. La vie reprend en moi, m'ouvre l'esprit et les bras de liberté m'accueillent avec timidité.

J'ai envie, mon esprit n'est plus vide.

La pluie n'a pas cessé de tomber et je trouve cela merveilleux ; je suis trempé, frigorifié.

Avec une chaleur au cœur qui commence à réchauffer mon corps avec une

Envie de danser ; Et je ne me gêne pas, un pas à droite, un autre à gauche, puis

Une pirouette, une girouette, c'est chouette, je gigote une gigue maladroite.

Je danse devant les portes de la prison ! La liberté me porte, m'emporte et ça me transporte ainsi de plus en plus facilement de ce lieu où j'ai vécu si longtemps reclus. Même le soleil m'accompagne dans ma fête, il vient de percer les nuages sombres et les pousse à l'éclaircie qui cesse l'averse. Serait-ce la vie qui me fait signe, la nature des choses qui me sourit ! Peut-être, c'est surtout ainsi que le perçois en m'éloignant de là où je n'étais que l'ombre de moi.

La vie pouvait recommencer, j'avais envie de prendre soin de ma petite personne, loin de mes travers, de mes rancunes, de mes faiblesses. J'avais là, envie de m'affronter positivement pour le meilleur de moi en accord avec la société.

C'était inouï, cette sensation nouvelle venait d'effleurer mon esprit il y a peu encore vide et déjà je jubilais d'une belle énergie. Conscient que ce ne serait pas facile, j'étais motivé, je souhaitais vivre normalement ; ne plus dévier, ne plus défier les lois.

Toujours en dansant, j'atteignis ainsi la ville mes idées bien en poche, prêt à l'emploi. J'entrepris les démarches utiles et nécessaires à ma renaissance sans baisser les bras et j'obtins ainsi l'après de l'avant : Une vie raisonnable et agréable. Je m'étais extirpé de mes chaînes par moi-même, résolu à ne plus tomber.

J'y étais arrivé, j'avais maintenant la preuve qu'on peut si on veut vraiment se créer un après de grande valeur, pour soi et son cœur, heureux d'être un homme libre, d'être dans la société.

MB