Récit de vie

  • Lauréat du prix
  • Récit de vie
  • 2020

 Il fût un temps où j’avais des amis, une vie sociale remplie, une copine, un travail, un appartement, une voiture, j’avais tout pour être un homme comblé, et même heureux.

Je suis né au Mexique, au début des années nonante, à une époque et dans un pays où les gens respiraient la joie de vivre malgré un climat de corruption, d’insécurité et de peur.

Moi, j’étais un petit garçon innocent et je trouvais chaque jour qui passait beau. Non seulement par le climat, qui dépassait couramment les 40°C, mais aussi grâce à mes parents et ma famille, qui étaient unis comme la plupart des familles latino-américaines de cette époque. Ma mère a commencé à travailler à l’âge de quinze ans, mêlant travail et école, mon père lui a commencé par vendre de imprimantes en porte-à-porte, cella fait sourire aujourd’hui, mais ça fonctionnait à l’époque. Il venait d’un milieu très pauvre, petit, il n’avait ni chaussures ni brosse à dents, malgré ça c’était un homme très intelligent, mais il était maniaco-dépressif. Il n’avait presque plus de famille mis à part deux ou trois frères sur sept. Quasiment tous les week-ends on se rendait chez mes grands-parents maternels, lesquels avaient engendré douze enfants, qui avaient à leur tour eu des enfants. Je vous laisse imaginer les barbecues en famille, entre mes oncles, tantes, cousins et cousines, nos repas ressemblaient à des concerts en plein air ! La viande qui n’en finit jamais, la musique à tout va, les enfants qui jouent, les voitures garées jusqu’au bout de la rue, parfois on voyait passer un voisin ou un ami, et ça lançait des : « viens boire un coup ! » ou alors « tiens prends une assiette ! ». C’est cette ambiance qui me manque le plus …

Dans mon pays, comme dans la plupart des pays du tiers-monde, il n’y avait que deux classes sociales, les pauvres, et les moins pauvres. Nous, on s’en sortait pas mal, la plupart des frères de ma mère étaient soit médecins, soit avocats, mais pas comme dans les films, ils n’avaient pas une villa barricadée à l’extérieur de la ville, d’ailleurs, chaque maison de chaque rue avait un porche avec des barreaux.

Ce qui était à la mode, le vol et les meurtres. Ça, c’était comme dans les films. Quand je dormais chez mes grands-parents, j’entendais parfois des fusillades pendant la nuit, ensuite le silence. Jusqu’au lendemain matin quand les ambulances venaient reprendre les corps inanimés, je n’ai même pas le souvenir d’avoir vu la police une seule fois.

Malgré tout, la vie suivait son cours, moi, j’allais à l’école, j’étais heureux, mes parents ont un jour ouvert une école qu’on appelle « préparatoire », c’était une école pour les étudiants en fin d’études secondaires afin de les préparer à l’université. Mon père en était le directeur et ma mère, bourrée de diplômes, était à la fois sous-directrice, professeur d’anglais, et d’espagnol. Chez moi les cours se terminaient à midi, car l’après-midi il y faisait trop chaud pour enfermer des enfants dans une classe, alors j’allais faire du tricycle au parc en face de l’école de mes parents.

Quand on y pense, avec le danger permanent qui pesait dans l’air, c’est fou qu’un enfant puisse se balader « seul » dans un parc.

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Pedro 

  • Mention spéciale du jury
  • Récit de vie
  • 2020

Au départ, on ne naît pas taulard, braqueur, voleur ou tout simplement délinquant, c'est après qu'on le devient.

Voici, comment moi, j'ai passé l'arme à gauche et tout ça, sans m'en rendre compte. Tout a débuté quand j'avais six ans. On m'a diagnostiqué hyperactif avec des troubles de l'attention, s'en est alors suivi toute une série de mesures dont celle qui me fera vriller plus tard. On a d'abord commencé par me prescrire de la ritaline (médicament contenant des amphétamines qui est actuellement sujet à de fortes controverses). Chaque prise m'assommait et me bloquait littéralement, j'étais devenu capable de fixer un objet ou un mur pendant des heures entières pour au final en détailler les moindres recoins dans tous ses états. Plus tard, je me rendis compte qu'acheter des amphétamines en rue et prendre de la ritaline causait exactement les mêmes effets, ce qui veut dire qu'à six ans, en fin de compte, j'étais déjà drogué. À partir de là, ça part en couille, je ne supportais plus l'effet de ce médoc qui me changeait complètement mais paradoxalement mon corps ne pouvait plus s'en passer sans quoi, je devenais un vrai énergumène. On a donc fini par me placer en IMP (une sorte d'internat pour enfants caractériels). Comme vous vous en doutez, c'est à partir de ça, que l'enfer a commencé.

À douze ans, ayant marre de cette vie de désarroi, je décide de partir de l'internat, tout seul, cela faisait déjà quelques temps que je me renseignais sur certaines villes en France. Je pris quelques affaires et vamos, je pris le train jusqu'à Paris. Pour frauder, je me mettais dans les WC tout en laissant la porte ouverte afin de laisser croire qu'il n'y avait personne à l'intérieur. Arrivé à Paris, j'étais tout seul, livré à moi-même dans la soi-disant ville la plus romantique du monde. Je commençai à chercher la tour Eiffel afin de bien me centraliser à tout. Il se faisait tard et je n'avais nulle part où dormir, rien à manger. Je pris alors la décision de sonner aux portes en menaçant de m'en aller à la moindre menace de la police ou de Child Focus. Une gentille femme m'hébergea et me nourrit pendant quelques jours. Jusqu'au moment où elle chercha ma provenance sur internet. Je pris mes jambes à mon cou et après un mois de fuite, me retrouvai à nouveau livré à moi-même. J'avais un rêve depuis petit, aller à Disneyland Paris. Étant à Paris… 

Je m'y rendis aussitôt et pour manger, je n'avais plus guère d'autre choix que de voler ma nourriture, pour m'habiller, la même chose. J'étais devenu cleptomane. Devant la beauté de cette belle œuvre que l'humain, adulte, avait réalisé pour justement le public humain de mon âge, c'était l'extase. J'en pleurais de tristesse et de joie. De joie, d'y être enfin et de tristesse de ne pas y être accompagné de ma famille et des gens que j'aime, surtout voyant toutes ces familles heureuses devant moi. Il fallait maintenant trouver un moyen d'y pénétrer. Je fis un 360 degrés du regard et tombai sur l'entrée personnel, un tourniquet qu'il n'y avait qu'a escalader.  Pour dormir, je me rendis avec la navette à l'hôtel SANTA FE, car cet hôtel est composé de plusieurs blocs séparés de l'hôtel principal. Je volai un matelas et une couette et me posai dans une cage d'escalier surplombé d'un tapis en velours et je vécus, des mois et des mois. Le matin, il y avait même petit déjeuner à volonté…. Après des semaines et semaines d'amusement, je commençais à me lasser…

C'était décidé, je pris la direction de la gare et direction le sud de la France, Nice-Ville … 6h de TGV à jouer au chat et à la souris avec le contrôleur et je me retrouvai face aux palmiers et à la plage de galets. Un autre paysage extraordinaire devant lequel, l'enfant de douze ans s'extasiait. De fil en aiguille, et de rencontres en rencontres, je me mis à fumer du shit. J'étais devenu un fumeur de joints. J'étais déjà un bon petit délinquant et c'est à ce moment que j'ai commencé à voler pour survivre (GSM, sacs, portefeuilles). Quelques semaines plus tard, je rentrais en Belgique. J'avais treize ans et toutes les habitudes d'un zonard.

Et voilà comment devenir un délinquant.

Tanguy