Fiction

  • Lauréat du prix
  • Fiction
  • 2020

Chapitre 1

Septembre 1997

Madame Flicarde, notre voisine et propriétaire de notre habitation, s’approche de moi d’un air très pressé voire même énervé.

«  - Bonjour monsieur Messa. Avez-vous fait bon voyage ? »

Question bizarre vu son état d’énervement.

« - Pas très bon madame j'ai été très mal reçue par l'entreprise qui devait m'employer et je n'ai pas décroché le job tant espéré.

c'est la raison pour laquelle j'ai dû rentrer plus tôt !

Et vous Madame Flicarde, votre semaine s'est-elle bien déroulée ? 

Ne le prenez pas mal Monsieur Messa mais lorsque vous recevez un invité pourriez-vous vous assurer qu'il laisse son scooter devant la maison et non dans le garage ?

Je ne dis pas cela en mal, hein, Monsieur Messa,

Mais madame a reçu de la visite pendant votre absence ; elle a fait rentrer le scooter dans le garage et une trace d’huile s’est formée sur le béton lissé.

-Quelle mobylette ?

-Madame a reçu de la famille, m’a-t-elle dit. »

Surpris, mon sang ne fait qu’un tour,

Je serre les dents.

« - Ok madame, ne vous inquiétez pas, je ferai passer le message. »

Je suis rouge de honte, les image défilent. A-t-elle profité de mon absence pour me tromper ? Qui est venu pendant mon absence ? Je dois essayer de garder mon calme, elle aura certainement une explication claire qui m’ôtera tout doute possible. Je ne peux pas y croire un seul instant !

Je suis à bout de souffle en prenant les escaliers 4 à 4.

A peine suis-je entré dans le salon :

« - qui est venu te rendre visite en scooter ? »

Elle se fige, d’un air surpris.

« - Bonjour mon chéri ! Ton voyage s’est bien passé ? 

Tu entres comme un fou, même pas un bonjour, même pas un câlin et tu m’agresses !

Je pensais t’avoir manqué.

-QUI EST VENU TE VOIR EN MOBYLETTE ???

Dit-il d’un ton plus sévère.

-Personne. »

Elle me tourne le dos et va dans la cuisine se préparer un café.

«  - La voisine vient de m’interpeller en me demandant de ne plus rentrer la mobylette dans le garage : tu lui aurais dit qu’il était de la famille…

Personne dans la famille n’a de mobylette.

-Dis, après nos 6 années de vie commune, tu me crois capable de faire venir quelqu’un pendant ton absence ? Elle raconte n’importe quoi.

-Elle perd la boule ».

Ko sur place, je veux savoirs la vérité mais je n’ose plus l’interroger.

Je sais que si je continue à la questionner ;

Je vais devoir aller au bout des choses et j’ai peur de la perdre, je préfère ne pas savoir.

Ce soir là, elle a été plus câline, plus douce, plus amoureuse que d’habitude. Elle m’a fait l’amour comme jamais. Je l’aime trop, je vis à travers elle. Elle est ma boussole, mon phare.

Nos ébats ne seraient-ils pas assez intenses pour elle ? Pas assez longs ? Pas à son goût ?

A plusieurs reprises, je vais la surveiller sur son lieu de travail, au resto.

En a-t-elle marre de mon manque de confiance ?

A-t-elle besoin d’autre chose ?

Je ne le saurai sans doute jamais, elle se terre dans un mutisme qui m’exaspère.

Elle pourrait me quitter, refaire sa vie, nous n’avons pas encore d’enfants.

Rien ne la retient, hormis peut-être l’amour ou l’habitude.

Pour lire la suite et télécharger le texte complet (PDF)

Filippo Gerougo

  • Mention spéciale du jury
  • Fiction
  • 2020

Moi, je n’aime pas…
Je n’aime pas la musique, je n’aime pas les gens, je n’aime pas les rêves.
Moi, je n’aime pas le lever du soleil, ni le coucher d’ailleurs.
Moi, je n’aime pas les enfants et leurs rires.
Je n’aime pas la poésie et encore moins les fleurs.
Et moi, je n’aime pas aimer et par-dessus tout, je n’aime pas la vie, ni le bonheur.
J’ai fermé les écoutilles de mon cœur, les vannes de mes larmes et je me bats pour ne pas pleurer.  Je suis trop pauvre d’amour pour avoir ce droit.
Alors, je mens avec ma souffrance.  Je bluffe… mais je n’aime pas ça.

CF

A Jean, à Jeanne

  • Finaliste
  • Fiction
  • 2020

Jean, dit le clochard, était un vieil homme à la barbe longue et grise, aux cheveux hirsutes, qui hantait le quartier de mon enfance en déambulant, été comme hiver, dans le même costume.

Je n’ai jamais pu croiser son regard.  Il passait, impassible, la tête basse, sous les railleries des enfants.
Jean ne parlait à personne, ne regardait personne.
Jean vivait seul dans une grande maison qui lui ressemblait, triste et sale, aux volets baissés et brisés.
Le long de sa maison, sur le passage qui conduisait à un jardin en jachère, une Ford Granada coupé sport, couleur bronze, aux chromes éteints, restait figée pour l’éternité, couverte de mousse comme l’était le cœur de Jean depuis que le temps s’était arrêté, depuis que sa Jeanne avait, un matin, rendu son dernier souffle.  Alors, Jean ne vibra plus à la mélodie d’un violon.  Il se mit à haïr ses amis et tous ses rêves furent anéantis.  Il n’aurait pas d’enfant et ne pourrait jamais lui conter de belles histoires.
Il arracha toutes les fleurs de son jardin qui s’épanouissaient au soleil.  Il abattit tous les lilas et déracina les rosiers.  Il ne vivait et ne dormait ni le jour, ni la nuit.  Il s’efforçait de ne plus rire, ni de pleurer d’ailleurs.
Jean fût libéré de son châtiment au bout de vingt ans de peine, un matin blanc d’hiver et réussit sa réinsertion au ciel.
Ce héros de guerre, cet ingénieur à la main verte s’arrêta de vivre pour accéder au paradis auprès de sa belle où il coule, je l’espère, des jours heureux enfin…
Mon seul regret : ne pas l’avoir connu, ne pas avoir pu lui parler pour qu’il m’explique… l’AMOUR.

CF

Extrait : Souvenirs d'enfance