Hors Cadre

  • Lauréat du prix
  • Hors Cadre
  • 2020

[ biographie de Mr B. racontée par Mr B. et écrite par Mr V ]

Préface

Comment se détacher de l’image que nous renvoyons aux autres ?

Certains de nos actes nous définissent aux yeux des autres, mais cette image est parfois ternie par des choix qui, si l’on pouvait retourner en arrière, nous n’aurions sans doute pas fait. Je suis en face de Monsieur B. qui voudrait que l’on raconte son histoire pour que d’autres ne fassent pas les mêmes erreurs que lui. Mais pour ma part, ça va au-delà du message de prévention.

Je voudrais que par le récit de son histoire, on dépasse les préjugés dont il est la cible et qu’il reprenne confiance en lui afin qu’il puisse se reconstruire.

Au fur et à mesure de nos échanges, il m’est apparu profondément sensible et curieux de mieux se connaître lui-même.

Alors que certains me disaient de me méfier de lui car il était « fiché S » et condamné pour terrorisme, j’essayais de faire la part des choses afin de comprendre les mécanismes et les engrenages dans lesquels il s’était trouvé et qui l’avaient amené en prison.

Nous avions tous les deux suivi un cours de français dans lequel nous avions abordé le sujet de philosophie suivant : « suis-je toujours le même ? » et parmi les conclusions, il y en a une qui avait recueilli l’unanimité parmi les participants du cours ; personne ne voulait que les autres nous définissent uniquement sur nos actes passés.

Alors comment tirer profit de nos échecs passés ?

Pour Monsieur B. ce sera en essayant d’éviter que d’autres que lui reproduisent le même schéma et en essayant de comprendre comment lui-même s’est-il retrouvé enfermé dans un engrenage infernal.

Pour lire la suite et télécharger le texte complet (pdf)

Monsieur B. et Monsieur V.

  • Mention spéciale du jury
  • Hors Cadre
  • 2020

Le titre le dit bien, sans la mémoire on est rien.

La mémoire est même capable d'aider dans les situations dures.

Elle vit actuellement depuis 6 ans dans une cellule de prison, et a encore 2 ans à faire.

Le fait d'être incarcérée dans son cas est normal, donc elle assume. Elle a la chance d'être seule et cela lui donne l'occasion de penser. Elle se réveille la nuit vers 3h et réfléchit à sa vie. Beaucoup de choses lui reviennent. Elle en raconte ici une petite partie et cela lui fait du bien. Elle écrit également sa biographie très complète, mais ci-après un peu de ses souvenirs, afin de comprendre la route de la mémoire.

Elle est née en 1948 d'une mère célibataire. Dans le temps, cela n'était pas correct, et inadmissible pour les parents. Elle avait 6 semaines quand ses grands-parents ont pris la décision de la prendre avec eux. Elle a grandi dans une cellule familiale parfaite. En ce temps-là la vie était dure, la ville détruite par la guerre, il n'y avait pas beaucoup à manger, mais elle reçut beaucoup d'amour de ses grands-parents. La grand-mère était une intellectuelle ayant travaillé comme traductrice au Tribunal en Angleterre, où elle fit la connaissance de son futur mari, lequel était coiffeur et avait comme elle fuit son pays d'origine.

Tout cela elle l'avait oublié, mais en cellule elle avait du temps, et sa mémoire redevint active. Elle se rappela que sa grand-mère lui parlait toujours en anglais, ainsi que dans sa langue maternelle. La petite pouvait parfaitement comprendre et parler cette langue. Elle sut également écrire vers 6 ans, avant même de rentrer en première année scolaire.

Elle avait 14 ans quand son grand-père décéda, et elle en fut fort malheureuse car il n'était pas facile de vivre avec une grand-mère pleine de principes. Elle refusa de continuer ses études, c'est-à-dire de rentrer au lycée. Donc, il fallait faire autre chose. Travailler. Ce qu'elle fit. Ainsi elle débutera la vie professionnelle en travaillant cinq jours par semaine tout en fréquentant également l'école à raison d'une journée hebdomadaire, afin d'y apprendre l'économie commerciale, etc ...

Entretemps, elle fait la connaissance d'un homme dont elle tombe amoureuse. Lorsqu'elle apprend sa grossesse, sa grand-mère horrifiée lui trouve un logement et la met à la porte. De plus, elle prend contact avec les parents de l'homme et signe un document afin de la marier vu qu'elle est mineure, elle avait à ce moment-là 17 ans. Sa grand-mère lui a dit : « Tu ne seras pas comme ta mère ! ».

La situation était difficile mais comme elle n'avait pas connu la vie avec une mère et un père, elle se disait qu'elle ferait tout pour que son futur enfant ait les deux, et une vie meilleure.

Elle a encore beaucoup de choses à raconter, ce qu'elle fait dans sa biographie de déjà 300 pages, et qu'il est impossible et inutile d'insérer ici, elle s'arrêtera donc là pour l'instant ...

Dans la solitude cellulaire, elle a pensé qu'écrire sa biographie, grâce à sa mémoire, l'aidera à survivre. Elle a également commencé à peindre sur toile (autorisée par la Direction de la prison). Elle peint les émotions naissant de ses souvenirs en utilisant tout un panel de couleurs, bouquets de fleurs, tableaux abstraits, etc. Sa cellule est devenue un véritable atelier de peinture.

Tout cela a été possible grâce à une mémoire lointaine. Elle la donne à ses 4 enfants et ses 10 petits-enfants.

Bonne lecture.

Viola