Récit de vie

  • Lauréat du prix
  • Récit de vie
  • 2021

Aujourd’hui, ce 6 décembre, c’est la fête de la Saint-Nicolas. Cette tradition où l’on distribue des cadeaux et produits chocolatés par milliers chaque année en compagnie du personnage de Saint-Nicolas et ceci que pour les enfants sages sinon c’est le père fouettard qui s’en charge.

Autrefois en primaire à mon époque, on s’échangeait de jolies cartes de Sainte-Catherine pour les filles et Saint-Nicolas pour les garçons. Je pense qu’à ce jour cela n’existe plus mais c’était plutôt rigolo. Toutes et tous attendaient de voir si l’un ou l’une avait pensé à eux et quelque part savoir nos liens d’amitié, nos petits flirts de jeunesse rien qu’à travers une petite carte.

Ce 6 décembre, c’est aussi un jour inoubliable pour notre famille car c’est la date d’anniversaire de notre frère ainé Thierry né le 06/12/67.
Il aurait soufflé ses 53 bougies ce jour mais la vie ou plutôt la maladie en a décidé autrement.

Profitant d’une belle journée ensoleillée, mes parents et quelques oncles et tantes décidèrent de partir à la plage dans le nord de la France en cette période d’été 1970 avec Thierry alors âgé de 2 ans et demi à cette époque.

Très souvent, cette conversation revenait à la maison avec notre mère quand nous étions enfants, moi, ma sœur et mon frère cadet et cela a toujours éveillé notre curiosité. Et si pourquoi, et si comment, et en même temps on sentait de la tristesse et du chagrin dans le regard de nos parents de la perte de leur enfant, notre grand frère qui a été un véritable bouleversement pour eux et qui encore aujourd’hui, 45 années plus tard, est gravé à jamais.

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Holiday

  • Mention spéciale du jury
  • Récit de vie
  • 2021

[ Et si… au fil du temps, mon incarcération était devenue « un mal pour un bien » !! ]

On dit que cela n'arrive qu’aux autres ; pourquoi a-t-il fait cela ? Comment oser faire ce geste ? Autant de questions avec une seule réponse : cela peut arriver à n'importe qui…

La preuve ! 57 ans, ne jamais avoir eu affaire à la justice.

Que du contraire, puisque j'étais agent de sécurité. Une vie malgré tout mouvementée, pas un long fleuve tranquille, quelques orages de la vie, avec rarement un arc-en-ciel en cadeau.

Et puis, une grosse erreur de parcours et me voilà aujourd'hui derrière les barreaux depuis près de 40 mois. Tous ces jours, toutes ces semaines, tous ces mois dans ce monde impitoyable de la prison. Je découvre les cauchemars, l'humiliation, les matelas crades, les chevilles entravées lors de transferts médicaux et les bagarres au préau. Toute votre vie défile au quotidien avec son lot de bons et mauvais souvenirs. Je subis ce système carcéral très pénible au travers de réflexions et prises de conscience.

Ma fille Stéphanie, âgée aujourd'hui de 35 ans me manque.

18 ans d'absence de ma part pour des raisons familiales et professionnelles, et ici, dans mes 10m2 de ma cellule (espace de séjour) je ne cesse de regretter cette situation. Alors je lui écris une fois, deux fois et une troisième. Tous mes courriers restent sans réponse. Je passe aux assises en octobre 2019 et j'apprends qu'elle était venue assister un jour au procès… incognito. Pourquoi est-elle venue ? Voir comment j'étais après autant d'années ? Curiosité malsaine ? Accompagner une autre personne ? Plein d'interrogations qui me poussent à retenter ma démarche de reprise de contact. Je me tourne alors vers un service spécialisé dans la médiation et la réconciliation familiale. Tout s'accélère en septembre 2020 avec une première visite à table avec ma fille et le service de médiation. Deux heures de règlement de comptes, de mise au point ; de colère, de tristesse et beaucoup de larmes des deux côtés. Tout d'un coup, Stéphanie décide de stopper la rencontre. Trop d'émotions, trop dur à supporter, contexte carcéral difficile à gérer... De mon côté, je remonte en cellule, angoissé, des craintes, des peurs de ne plus la revoir… Le sentiment d'avoir effectué toutes ces démarches pour rien… sinon de la revoir une seule et unique fois.

Aujourd'hui, soit 3 mois plus tard, on s'est revu encore 2 fois, toujours accompagnés du service de médiation. On se téléphone, on s'écrit et depuis peu, on se voit par appels vidéo. Stéphanie m'a offert un magnifique sweat parfumé pour mon anniversaire. Elle apprend à me refaire confiance et me laisse une deuxième chance. Tout va pour le mieux et mon seul but maintenant de reconstruction et de réinsertion… c’est ma fille Stéphanie.

40 mois après mon arrivée ici, ma détention s'est transformée en cadeau pour des retrouvailles inespérées...

Je sais maintenant que je suis bien vivant, que j'existe et que je réinvente le mot avenir. Je n'ai plus peur des reflets lorsque je me regarde dans le miroir.

Je me dis aujourd'hui, et si mon incarcération était devenue « un mal pour un bien »… au fil du temps ?

 

Je t'aime Stéphanie,

Ton papounet

Francis Kaiser