Oralité

  • Lauréat du prix
  • Oralité
  • 2021

Prisonnier de mes barreaux dorés
De doux délires, désirant donner
Tout mon amour à ceux qui en manqueraient,
Est-ce possible, d'un texte ou d'une idée,
Une pommade tout en prêt-à-porter
Pour tous bobos, en toute gratuité ?

Si ces mots guérissaient ces maux
Comme si les loups devenaient des agneaux,
Le pire des hommes, redeviendrait-il beau ?
La submersion, rendrait-elle le bateau ?
Les naufragés, marcheraient-ils sur l'eau ?
Plus de larmes dans les caniveaux !

Et si, pour être si serein,
Il ne suffisait que d'un alexandrin ?

Je chercherai ce lieu d'utopie
Échappant à toute cartographie,
Comme s'il fallait y sauver mes filles.
Même si j'devais y consacrer ma vie,
Escalader les montagnes d'empathie
Au détriment de mon humble sympathie.

Travail ardu dans ma cellule scellée,
De ces variables vainement imaginées,
A éviter sainement toutes ces saignées.
Ce sentiment de toutes ces vies gâchées,
Ces dieux ont-ils laissé leurs tâches bâclées ?
Moi, vermisseau, je leur file une raclée !

Et si, pour être si serein,
Serions-nous trop pressés à sortir du pétrin ?

Un bout de pain, un sourire, une bise,
Valent mieux qu'une onéreuse et belle chemise.
La prétention ici n'est pas de mise.
La résilience à nos fautes commises
Vaut mieux que haine qui sans cesse les attise,
Les mots d'amour pour seule solide assise.

Quel vilain mot que celui de juger !
Préférant son contraire, celui de pardonner .
Un mot magique, un arbre à cultiver,
Une fortune que ce très beau fruitier !
Espoirs et joies rempliront ton panier.
Moissons d'amour, récoltes d'amitié.

Et si, pour être si serein,
De nos moissons, apprendre à cuire le pain.

Évitons-nous amères velléités,
Visons vraiment la vie et l'unité,
Évacuons ces viles vanités,
Rassurons-nous aux regards entiers,
Ouvrons les portes en pleine sécurité
Et ne cessons jamais de dialoguer.

Faisons l'amour de cent mille manières,
D'un doux regard, d'une langue, d'une prière,
Et que m'importe la couleur de ta peau !
Quand on fusionne le dégradé est beau.
Et preuve qu'existe le puissant Nirvana,
On ne fait qu'un, de toi plus moi, voilà.

Et si, pour être si serein,
Ce texte, jamais n'arrive à la fin...

Fred-K-Net

Fred-K-Net a aussi écrit un recueil de Kroniques K'rcérales, "Ma ligne verte", recueil autoédité.  Au travers de ses récits, poésies et illustrations, il vous fera découvrir ses réalités carcérales. C’est au travers du projet de "chroniques carcérales en pandémie" du Genepi Belgique que Fred a décidé de prendre sa plume pour écrire son quotidien et ses réflexions de mars à septembre 2020. 

Avec le soutien de Genepistes, ce recueil a pu être corrigé et mis en page afin de l’imprimer sur papier. Le seul souhait de l’auteur : qu’il soit disponible et diffusé au plus grand nombre, afin que les réalités carcérales vécues par les personnes détenues soient mises en lumière.

​Vous pouvez télécharger les 30 premières pages de "Ma ligne verte" mais aussi le commander sur le site du GENEPI BELGIQUE

 

  • Mention spéciale du jury
  • Oralité
  • 2021

Et si, nous avions porté avec justesse notre regard plus loin que le bout de notre nez,
Et si, nous avions apprécié à la juste valeur ce que nos yeux voyaient.

Nous aurions pu à maintes reprises changer notre fusil d'épaule.
Avoir le temps de choisir celle qui allait nous accompagner dans la vie.
Avec plus de maturité, nous n'aurions pas emprunté ce long chemin caillouteux,
Ces routes de traverse qui ne mènent nulle part autres qu’en ces lieux.

Et si, nous avions porté avec justesse notre regard plus loin que le bout de notre nez,
Et si, nous avions apprécié à la juste valeur ce que nos yeux voyaient.

Maintenant que nous sommes à l'automne de notre vie, que de regrets, de remords aussi,
Nous ne pouvons qu'espérer une chose, obtenir le pardon des personnes offensées.
Même si, regrets et remords ne pourront rien changer à l'existence de ces personnes,
Il est important pour la paix de notre âme de reconnaître avec conscience nos errements.

Et si, nous avions porté avec justesse notre regard plus loin que le bout de notre nez,
Et si, nous avions apprécié à la juste valeur ce que nos yeux voyaient.

À l'avenir, il sera primordial d'adopter un autre mode de vie.
De se tourner vers plus d'authenticité, que l’on nous perçoive différemment,
D'être plus en communion avec nous-mêmes, de considérer cette société.
Être en osmose avec elle de manière attractive et positive.

Et si, nous avions porté avec justesse notre regard plus loin que le bout de notre nez,
Et si, nous avions apprécié à la juste valeur ce que nos yeux voyaient.

Colyn Ancolie

  • Mention spéciale du jury
  • Oralité
  • 2021

Et si tout cela n’était pas vrai,
Que je venais de me réveiller,
Comme si j’étais amnésique
Suite à un long coma.

Et s’ils me disaient : « Ne vous en faites pas Monsieur,
ça vous reviendra ».
Je leur répondrais que je n’en veux pas
De ces souvenirs, de ces cauchemars.

Et si j’avais le choix de tout recommencer,
Avec pour seule angoisse,
Celle de la page blanche.
Mais par où débuter ?

J’aurais aimé qu’à ma naissance,
On me lise mon avenir.
Ma vie aurait été moins palpitante,
Plus lisse et sans le goût du risque.

Et si… Et si seulement c’était notre destinée
De ne pas savoir,
D’apprendre de nos erreurs,
De s’entêter et de s’obstiner.

Et si j’étais resté là
En attendant que ça arrive ?
Et si depuis tout ce temps,
C’était là à attendre que j’agisse ?

Et si j’avais eu de l’audace dès le départ ?
Aurais-je trouvé ma place ?
Ou aurais-je tout de même été mis à l’écart ?
Et si ma place ne se trouvait nulle part ailleurs,
Condamné au bagne ?

Il était temps, à la bonne heure.
Peut-être qu’il y a un « plus tard ».
Suis-je vraiment plongé dans le coma ou est-ce un cauchemar ?

Je me rappelle de la vie que j’ai menée,
Absolument solitaire.
L’embarcation a coulé,
Plus de signal sur le radar.

Et si un jour, je refais surface !
S’offusqueront-ils de me voir ?
Verrais-je dans leurs regards, cet air hagard
Parce que je reviens d’outre-terre ?
Le torse gonflé et fier.

Et si leur teint vire au vert,
Qu’ils ont des reproches à me faire,
Avec force, je leur répondrai que si j’avais su :
L’expérience n’aurait pas valu la peine d’être vécue.
Et si je ne suis plus l’un des leurs,
Tant pis… Je me ferai une place beaucoup mieux mais ailleurs.
Un endroit où je devrai réellement être qui je suis.
Pour que plus jamais mes erreurs ne soient commises.

LINNI