– C’est un garçon.
Ces trois mots, prononcés sans émoi par la sage-femme, résonnèrent dans la salle d’accouchement.
– Mais c’est impossible, les examens disaient que…, répondit Elena qui tentait de garder le nouveau-né dans ses bras.
– Même en 2125, il arrive que la sciences se trompe Madame, coupa l’obstétricienne. Je suis désolée, vous connaissez la procédure.
En fait, non, Elena ne connaissait pas la procédure et le sort qui était réservé à son fils. Elle n’avait tout simplement jamais imaginé mettre au monde un garçon. Alors que les robots étaient occupés à faire disparaître les marques de cet accouchement, le nouveau-né fut saisi et emporté loin de sa mère. Toute résistance était inutile.
Toujours sans voix, Elena fut ramenée dans sa chambre. Qu’allait-elle pouvoir dire à sa mère et toute sa famille ? Elle tentait de comprendre ce qu’elle avait raté, ce qui avait pu provoquer cette énorme erreur et repassait dans sa tête les différentes étapes du protocole d’enfantement.
Comme la majorité des futures mères, elle s’était présentée seule au laboratoire national d’insémination. Plusieurs années d’économies lui permettaient enfin d’acquérir sa descendance. Alors qu’elle feuilletait nonchalamment le catalogue du laboratoire proposant des milliers de modèles, un robot d’accueil l’invita à le suivre jusqu’au bureau du médecin. Il s’agissait d’une femme d’une cinquantaine d’années, affublée d’une blouse blanche, reliquat d’un temps révolu. Entourée de multiples écrans translucides, elle donnait ses instructions par télépathie aux droïdes qui s’agitaient dans tous les sens dans un silence absolu. Ce contraste frappait toujours Elena. Ce bureau était visiblement une pièce de grand travail mais elle manquait de vie, un comble, compte-tenu de sa fonction première.
-Bonjour Mademoiselle, vous avez apporté votre liste de préférences ? Je vois que votre apport financier vous permet de choisir deux critères principaux et deux critères secondaires.
– Non docteur, j’hésite encore, répondit Elena. Je la souhaite brune aux yeux verts avec une prédisposition pour les langues étrangères mais…
– Vous êtes déjà au-delà de votre budget mademoiselle, coupa la doctoresse La prédisposition aux langues étrangères nécessite un quotient intellectuel de 100, au minimum. Cela fait déjà deux critères principaux. Vous pouvez donc choisir la couleur des yeux mais pour ce qui est de la couleur des cheveux, il faudra vous en référer au hasard. Il vous reste donc un critère secondaire à sélectionner. Gauchère ou droitière ? L’absence de pilosité est également fort à la mode.
– J’ai toujours regretté être une piètre danseuse. Est-ce que la maîtrise du rythme est un critère secondaire ?
– Cela doit faire trente ans au moins que ce critère est devenu secondaire. Soit. Cela va me limiter dans la réalisation de votre souche à fertiliser. Votre implant spermatique sera prêt dans un mois. Nous réaliserons l’insémination dans la foulée, en fonction de votre rythme hormonal. D’ici là, je vous prescris le nécessaire pour préparer au mieux votre corps. Vous avez d’autres questions ?
– Quel est le taux de réussite de vos inséminations ?
– Mademoiselle, votre mère et votre grand-mère sont nées par ce procédé. L’ISP, implant spermatique procréatif, est la seule et unique voie. Le taux de réussite est de 100 %. N’ayez aucune crainte.
ISP. Ces trois initiales avaient bouleversé le monde. Au début du vingt-et-unième siècle, les scientifiques s’étaient lancés dans l’imitation d’embryons humains en laboratoire à partir de cellules souches. Les considérations bioéthiques, qui interdisaient leur culture au-delà de 14 jours, furent rapidement outrepassées. Paradoxalement, cela mit un terme aux espoirs liés aux embryons synthétiques car malgré tous leurs efforts, les scientifiques durent admettre que pour qu’un embryon puisse devenir un être humain, il avait besoin du corps d’une femme, celui-ci abritant les précurseurs du placenta et de vésicule vitelline.
La recherche se concentra alors sur la procréation à l’aide d’une insémination de sperme artificiel. Ses avancées et réussites successives furent le point de non retour. Progressivement, dans l’optique d’une régulation de la population mondiale et sous l’égide de la pénurie des ressources terrestres, de nombreux pays rendirent son utilisation obligatoire. Dès 2040, le concept de natalité mondialement contrôlée fut mis en place. C’est alors que les héritières féministes du mouvement Metoo se montrèrent bien plus ambitieuses que leurs aînées, leur branche radicale voyant dans l’avènement de l’ISP l’opportunité de définitivement rayer le mâle de l’équation. Avec le sperme artificiel, l’homme, contrairement à la femme, n’était plus nécessaire à la procréation. Il devenait par extension inutile à la survie de l’espèce. Restait à s’en débarrasser. Un virus mondial s’en occupa quelques années plus tard en éliminant purement et simplement le sexe masculin de la surface de la terre. Dans la foulée, le sexe féminin des futurs enfants fut imposé. Depuis 2050, notre planète était donc composée exclusivement de femmes, mettant au monde des filles et ce, à l’aide de l’ISP.
Elena fixait des yeux l’horloge holographique qui se promenait dans sa chambre et représentait une cigogne tenant dans son bec un couffin laissant apparaître une main de bébé agrippée sur son rebord. Elle n’y arrivait pas. Elle avait croisé le regard de son fils, senti la chaleur de son corps, elle ne pouvait pas l’abandonner ainsi.
Tout en s’habillant, son cerveau bouillonnait. Par où commencer ? Interroger le personnel de l’hôpital était voué à l’échec. Elle se souvint alors que son enfant avait été confié à un droïde couveuse et que ce dernier avait immédiatement quitté la salle d’accouchement. « Si je retrouve le droïde, il me suffira de lui demander ce qu’il a fait de mon enfant, les droïdes ne peuvent pas mentir aux humains. », pensa Elena en paraphrasant l’une des trois lois d’Asimov. Juste avant d’éteindre l’écran de son téléviseur, elle y reconnu la papesse Jeanne II qui, après avoir prononcé le Notre Mère devant la foule, se félicitait de ces 75 années sans guerre. « Il n’y a peut-être plus de guerres mais j’ai un combat à mener » se dit Elena.
Par chance, chaque droïde couveuse était d’une couleur unique, cela permettait notamment d’éviter toute interversion de nouveau-né. Elena se mit à marcher rapidement dans les couloirs à la recherche du précieux robot. Arrivée à proximité des ascenseurs, elle le reconnu immédiatement et s’approcha du droïde rose fuchsia qui était sur sa station de charge. Elle l’interrogea :
– Droïde, où est le nouveau né garçon ?
– Je l’ai déposé dans le taxi 081106, répondit la ronronnante machine.
– Quelle est la destination de ce taxi ?
– La prison de Musepink.
Musepink était située à une dizaine de kilomètres de l’hôpital. Comme toutes les prisons, celle-ci avait été fermée il y a très longtemps. Du moins c’est ce qu’Elena pensait. Avant leur éradication, les hommes composaient plus de 90 % de la population carcérale. Après 2050, les femmes détenues furent logiquement regroupées dans un seul établissement, une mégastructure construite en Allemagne pour l’ensemble des détenues du continent. Il n’y avait donc, théoriquement, plus aucune prison en activité en Belgique. Plusieurs avaient été détruites, d’autres réaménagées en espace de travail, lieu touristique et même studio de cinéma. Elena se souvient notamment de la série Prison Break où une femme se fait tatouer les plans de la prison où sa sœur est incarcérée et décide de la rejoindre pour l’aider à s’évader.
« Il faut que je sache ce qui se passe à Musepink avant de tenter quoi que ce soit. », pensa-t-elle. Joignant le geste à la parole, Elena fit brusquement pivoter son avant bras gauche pour laisser apparaître son écran intégré. Ses recherches internet ne lui apportèrent cependant aucune information pertinente. Seule consolation, l’image satellite lui permit de constater que Musepink était toujours bien là, se dressant fièrement au milieu d’une immense forêt. Et c’est la que se trouvait son fils.
Elena devait maintenant quitter l’hôpital. Après avoir élaboré de multiples plans d’évasion dignes de ses meilleures références cinématographiques, elle se résigna à tenter la normalité en se présentant à la réception. A sa grande surprise, les portes de sortie lui furent grandes ouvertes avec les remerciements du droïde faisant office de groom. Finalement, personne ne semblait se préoccuper de son sort et encore moins imaginer qu’elle puisse interférer avec celui de son nouveau-né. Elle décida d’appeler Clara, sa meilleure amie, qui travaillait pour le ministère de l’ordre et de la bienséance, anciennement ministère de la justice. Celle-ci décrocha dès la première sonnerie:
– Alors comment se porte notre petite Erin ?
– C’est compliqué de te l’expliquer au téléphone. Tu es chez toi ?
– Heu oui, un soucis ?
– Un gros oui, j’arrive de suite.
Elena s’y rendit à pieds, meilleur moyen pour limiter les traces de ses déplacements. Si sa sortie d’hôpital s’était finalement déroulée sans encombres, ce n’est pas pour autant qu’elle allait à coups de clics renseigner son emploi du temps. Elle en profita pour se réfugier quelques minutes dans le monde de la musique en écoutant « L’odeur de l’essence » d’Orelsane, une chanteuse de rap aux textes ancrés dans sa société : « Génération Z, parce que la dernière, ça se voit clairement qu’on a pas connu la guerre. Toutes les vieilles votent, elles vont choisir notre avenir. »
Visiblement inquiète, Clara l’attendait sur le seuil de sa porte. Elle l’interpella :
– Qu’est-ce qui se passe Elena ? Où est ta fille ? »
– Pas dehors, lui répondit-elle en entrant directement dans le salon.
Une bouteille whisky traînait sur la table, Elena détestait cet alcool d’un autre temps. Elle s’en vida toutefois un large verre, le bu d’un trait en grimaçant et se servit à nouveau alors qu’une chaleur intense envahissait déjà ses voies respiratoires supérieures. Clara était toujours immobile et observait la scène en silence. Elle referma la porte et attendit qu’Elena prenne la parole et vide son sac. Elle l’écouta avec la plus grande attention et finit par lui demander :
– Qu’attends-tu de moi ?
– Que tu me dises qui gère Musepink aujourd’hui. Je veux y aller et récupérer mon fils, répondit Elena.
Clara comprit qu’il ne servait à rien de tenter de la dissuader. Elle s’installa à son bureau et se connecta au site du ministère. Après quelques minutes à taper méthodiquement sur son clavier virtuel, elle enchaîna :
– Musepink est renseignée comme étant toujours en activité mais elle n’est plus gérée par l’état.
– Par qui alors ?
– L’état l’a mise en vente il y a 2 ans. C’est une société privée, Oldschool SA qui en a fait l’acquisition. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, ils possèdent à ce jour une dizaine d’anciennes prisons.
– Et ils bossent dans quoi ?
– Mes accès sont limités en ce qui concerne les informations relatives aux entreprises mais je peux te dire qu’ils sont renseignés comme étant actifs dans l’événementiel et le divertissement.
– C’est vague.
– Oui et ils sont de niveau 4, ce qui signifie que si tu comptes y faire un tour, à défaut d’une cape d’invisibilité comme Mary Potter, il te faudra un pass.
– Et on l’achète où ce pass ?
– On ne l’achète pas, tu dois être marrainée.
– Super. A peine maman, il me faut une marraine maintenant.
– Ils ont l’air d’être discrets, je ne trouve aucune information les concernant sur le web. Tu devrais peut-être voir avec Eva.
– Ton ex ? Tu sais qu’elle ne me porte pas dans son cœur…
– Bah elle était jalouse. Je vais t’accompagner.
– Pas sûre que ça augmente nos chances qu’elle accepte de nous aider.
– Il y a des choses que je sais sur elle et que tu ignores.
– Et ça pourrait nous servir ?
– On verra. Je vais prétexter lui rendre son laser de Titanic.
– Tu es enfin lassée de voir Jackie mourir de froid sous les yeux de Rose ?
– Je ne m’en lasserai jamais.
Moins d’une heure plus tard, les deux amies attendaient l’arrivée d’Eva au Tam-tam, un bar branché du centre ville. Elles commandèrent leurs cocktails via l’écran incrusté de leur table et quelques minutes plus tard, un drone vint silencieusement livrer leurs boissons.
– La voilà, dit Clara tout en désignant discrètement Eva du doigt.
Eva venait de faire son entrée et repéra directement Clara. A la vue d’Elena, son pas marqua un ralentissement perceptible. Son regard se durcit. Visiblement, certaines rancœurs ne s’érodaient pas avec le temps.
– Je ne savais pas que tu avais besoin d’elle pour me rendre mon film, marmonna Eva à l’intention de Clara.
– Assieds-toi, c’est nous qui avons besoin de toi, lui répondit Clara. Tu traînes toujours avec les receleuses de pass ?
– Wow, c’est ce qui s’appelle ne pas prendre de gants. Tu dois être bien dans la merde. C’est quoi le problème ? On ne te laisse plus entrer aux soirées privées?
– Je dois pouvoir entrer au Musepink.
– J’y suis jamais allée mais je peux effectivement t’aider à avoir un pass. J’y gagne quoi dans l’histoire ?
– Et bien je te rends ton laser de Titanic et… ça aussi.
Clara déposa sur la table une puce holographique et laissa son doigt tendu à quelques centimètres du bouton d’activation.
– C’est bien ce que je pense ?
– Hum hum… Mais si tu veux en être certaine, je peux l’activer ici.
– Non ça ira. Ok, rendez-vous à 18h à cette adresse. Vous aurez votre pass.
– Parfait.
Eva emporta son laser, la puce holographique et quitta le bar.
– C’était quoi cette puce ? demanda Elena.
– La preuve qu’Eva avait un certain penchant à se travestir en homme lors de ses ébats sexuels avec moi, lui répondit Clara.
– Tu lui évites la prison là.
– Je sais. Ne perdons pas de temps, on a un pass à récupérer.
L’adresse que venait de leur fournir Eva était située en banlieue. Cette fois, pas le choix, il fallait un moyen de transport pour s’y rendre. Clara commanda un taxi et celui-ci s’arrêta à hauteur des deux femmes quelques secondes plus tard.
– J’ai renseigné une adresse située à quelques centaines de mètres de notre lieu de rendez-vous… pour brouiller les pistes, s’enorgueillit Clara.
– Tu connais le quartier où le taxi va nous déposer ?, demanda Elena, je n’y ai jamais mis les pieds.
– Non, moi non plus. Il a la réputation d’être mal famé mais nous n’y resterons que le temps nécessaire.
Mal famé, l’expression avait repris son sens premier : De mauvaises familles. Autrement dit, composé de femmes qui nourrissaient une certaine nostalgie envers le monde d’avant. Elles refusaient l’ISP et étaient donc vouées, en théorie, à l’extinction. Curieusement, leur nombre ne semblait pas fléchir au gré des générations. La transmission de leurs valeurs ne passait plus par la descendance mais par le militantisme. Massées par l’état dans des quartiers bien définis afin d’optimiser leur surveillance, s’y promener de jour comme de nuit était perçu d’un mauvais oeil.
– Nous y voilà, dit Clara en s’arrêtant devant un élégant portail.
– Tu es certaine de l’adresse ? demanda Elena, je ne m’attendais pas à pareille demeure.
– Aucun doute possible, allons-y.
Alors que le soleil venait de se coucher, les deux amies s’engagèrent sur une large allée bordée de buis finement tailles. Au loin, une immense villa de teinte claire était sobrement illuminée. Elena ne manqua pas de constater la présence de multiples caméras. Arrivée à hauteur de la porte d’entrée, elle ne fut dès lors pas étonnée de la voir s’ouvrir avant même d’avoir actionné la sonnette. Une grande silhouette aux yeux verts et à la chevelure rousse se dressa devant elles et leur adressa la parole :
– Avant toute chose, veuillez mettre ce bracelet à votre poignet gauche mesdemoiselles.
– C’est pour prouver que nous sommes autorisées à entrer ? demanda Clara.
– Non, c’est un brouilleur. Cela neutralisera tout signal que vous pourriez émettre ou recevoir. En d’autres mots, vous serez ici isolées du monde.
– De toute façon, nous n’avons pas le choix, fit remarquer Elena.
– Effectivement, répondit l’hôte des lieux. Suivez-moi.
Tout en progressant dans l’habitation, Elena sentait son cœur battre la chamade. La situation l’angoissait. Pourtant, l’ambiance était feutrée, la lumière douce et le seul bruit qui emplissait le couloir était celui de leurs pas sur d’élégantes dalles en pierres bleues.
– Veuillez m’attendre ici, intima la silhouette rousse, ce ne sera pas long.
Elena et Clara se retrouvèrent dans une petite pièce totalement vide à l’exception deux chaises.
– Même pas une fenêtre. On se croirait dans un bunker, dit Clara.
– Elle me fout la trouille cette nana, lui répondit Elena.
– Je la trouve plutôt jolie cette roussette mais pour l’accueil chaleureux, on repassera, elle ne nous a même pas donné son prénom.
Après quelques minutes, Clara remarqua que les diodes de son bracelet venaient d’arrêter de clignoter et affichaient désormais une lumière verte. Avant même qu’elle puisse partager ses observations avec Elena, la porte s’ouvrit, révélant la même silhouette rousse :
– Bien, nous avons terminé nos vérifications, nous pouvons passer à la transaction.
– Quelles vérifications? demanda Clara.
– Vos bracelets sont des brouilleurs mais ils nous permettent également de consulter l’entièreté de vos données. Simple précaution d’usage. Nous nous devons d’être prudentes.
– Waouh. C’est digne d’une société secrète. Et s’il y avait eu un problème, les diodes auraient virées au rouge et là il se passait quoi ? enchérit Clara.
– II vaut mieux ne pas développer cette éventualité. Votre amie a déjà le cœur qui s’emballe et apparemment, je lui fais peur.
– Parce qu’en plus vous nous écoutiez…murmura Elena.
– Effrayée mais perspicace. Tout en adressant un léger sourire en direction de Clara, elle enchaîna : « Au fait, je m’appelle Flora. Allons dans mon bureau. »
Les trois femmes se dirigèrent vers le dernier étage et furent invitées à s’installer dans de confortables fauteuils qui auraient pu avoir leur place dans le mobilier d’un thérapeute tant ils incitaient à la confidence. Flora prit la parole :
– Eva m’a expliqué que vous désirez vous rendre au Musepink.
– Oui, heu en fait c’est surtout Elena, moi je ne fais que l’accompagner dans ses démarches.
– II n’y a aucune honte à avoir, reprit Flora. Se rendre la bas c’est un peu allier plaisir et résistance à notre gynocratie non ?
– Je veux y récupérer mon fils, coupa Elena.
– Votre fils ?
– J’ai mis au monde un garçon et il a été emmené là bas.
– Je ne saurais trop vous mettre en garde mademoiselle. Que savez-vous de Musepink ?
– Rien hormis que c’est une ancienne prison qui appartient désormais à Oldschool SA.
– Et vous ne savez rien non plus des activités de Oldschool SA je suppose.
– Effectivement.
– Vous voulez donc entrer dans une ancienne forteresse, y trouver votre enfant et en sortir. Vos chances de réussite sont infimes. Et quand bien même, que ferez-vous ensuite ? Vous serez irrémédiablement recherchés, vous et votre fils.
– Je… je ne sais pas.
– Avez-vous seulement l’argent pour me régler le prix du pass pour Musepink ?
– Non, j’ai dépensé toutes mes économies dans l’ISP.
Après un long silence, Flora porta son regard vers le visage d’Elena d’où coulaient de chaudes larmes et lui dit posément :
– Je peux vous fournir le pass. Gratuitement. A une seule condition.
– Laquelle ?
– Si vous réussissez à sortir de Musepink avec votre fils, vous acceptez de revenir ici avec lui.
– Revenir ici ? Dans quel but ?
– Il est vrai que nous sommes surtout connues comme receleuses de pass, c’est notre activité la plus lucrative, mais nous sommes avant tout des résistantes. Nous refusons le choix qui a été opéré par des extrémistes féministes de voir notre planète uniquement peuplée de femmes, nous refusons cette réécriture de l’histoire où les hommes sont remplacés par des femmes. Le féminisme s’inscrit dans une mouvance de luttes. Aujourd’hui, sans oppositions, il est vidé de son essence. N’est-ce pas un comble, nous avons gagné la guerre des sexes de la façon la plus masculine qui soit : En exterminant, au sens propre, notre adversaire. Mais cette victoire est des plus fragiles, vous en êtes la preuve, la nature reprend toujours le dessus ou du moins, elle tend à rétablir un équilibre que la science, via l’ISP, a déstabilisé. Pourquoi pensez-vous que les grossesses et naissances soient tant encadrées, surveillées ? Parce qu’ils savent qu’il suffit d’un grain de sable pour venir enrayer leur machine. Et votre fils pourrait être ce grain de sable mais il vous faut agir vite.
Elena restait muette. Évidemment, elle savait que durant de nombreux siècles, la terre était peuplée d’hommes et de femmes mais il lui était toujours apparu que la disparition de l’homme était une évolution. Après tout, il était au centre des plus grands maux de l’humanité, les guerres, les mouvements religieux intégristes, les dictatures, les exterminations, l’exploitation outrancière des richesses naturelles, tout cela était de son ressort. A ce niveau, le rôle des femmes n’était jamais cité ou évoqué dans les manuels scolaires. Etait-il possible qu’il en soit autrement ?
– Si j’accepte, qu’adviendra-t-il de mon enfant ? finit-elle par demander.
– Nous le cacherons et lui permettront de grandir en sécurité, répondit Flora.
– Et moi ?
– Il n’a jamais été question de vous séparer de votre enfant. Vous assumerez votre place de mère. Nous vous fournirons une nouvelle identité, un logement.
– Une nouvelle vie en somme.
– Exactement.
– Et le rôle de mon fils dans tout cela ?
– Une fois qu’il sera devenu adulte, nous lui permettrons d’avoir une femme et des enfants avec elle, sans ISP, en espérant que son sperme soit fertile. Et si tel est le cas, nous demanderons son accord pour qu’il procède régulièrement à des dons afin que nous puissions féconder d’autres femmes.
– Un Adam 2.0…
– En quelques sortes.
– Très bien. J’accepte votre proposition.
– Parfait I Je vais faire préparer votre pass. Quand comptez-vous vous y rendre ?
– Ce soir.
– Je ne pourrai vous fournir aucune aide sur place, il est trop risqué pour notre organisation d’y être présent. Par contre, si vous arrivez à sortir de Musepink avec votre fils, à l’orée de la forêt, un véhicule vous attendra et vous ramènera en lieu sur. Je vais également demander que l’on vous prépare un dossier avec quelques informations utiles à votre périple, histoire que vous sachiez dans quoi vous aller mettre les pieds. Il devrait se trouver sur votre navigateur intégré d’ici quelques minutes. Ah oui, il faut aussi que vous vous changiez. Clara, vous voulez bien m’accompagner au vestiaire pour choisir la tenue d’Elena ?
Les deux femmes quittèrent la pièce. Désormais seule, Elena n’eut que quelques minutes pour se perdre dans ses pensées avant qu’une notification se fasse entendre. Elle fit pivoter son avant-bras gauche et accéda au dossier Musepink. Elle y découvrit les plans du bâtiment ainsi que plusieurs photographies des lieux lorsqu’il s’agissait encore d’une prison. Une courte vidéo était également présente. Visiblement filmée avec un dispositif discret, on y apercevait la pièce centrale, anciennement la rotonde, qui faisait office de lieu de réception. Plusieurs tables étaient dressées avec des mets de fête et les quelques femmes qu’elle put entrevoir étaient vêtues de tenues de soirée. Même les droïdes serveurs étaient endimanchés. Quelques notes de musique classique parvinrent à ses oreilles. Soudain une cloche retentit et l’ensemble des femmes présentent disparurent de l’écran en ayant pris soin de déposer leur coupe de champagne. Quelques instants plus tard, deux femmes en tailleur s’approchèrent de l’objectif de la caméra et l’image fut immédiatement coupée.
« C’est ça les soirées Musepink ? Des soirées guindées ? » se demanda Elena.
Alors qu’elle faisait défiler les documents qui s’affichaient un à un sous son nez, la photographie d’une note interne retenu son attention. Celle-ci, sans doute prise dans la précipitation, ne permettait pas de lire l’entièreté du texte mais Elena parvint à déchiffrer quelques bribes de phrases: « Stock insuffisant (…) la demande dépasse l’offre (…) se fournir à l’étranger quel que soit le prix ».
C’est sur ces considérations économiques qu’Elena entendit Clara et Flora rire dans le couloir avant d’apparaître les bras chargés de vêtements :
– Tu n’imagines pas la garde-robe de Flora, exulta Clara ! Elle a une collection de sacs, splendides !
– On t’a choisi deux ou trois robes, les chaussures et sacs assortis, répondit Flora.
– Sans oublier les bijoux. Tu vas être magnifique.
– Ils parlent de stock insuffisant au Musepink. finit par demander Elena. Ils parlent de quoi Flora?
– De la principale source d’attraction et d’intérêt pour toutes celles qui se rendent à leurs soirées et qui justifie un accès de niveau 4 ainsi qu’une publicité inexistante en dehors de cercles très fermés.
– Une nouvelle drogue ? Un jeu d’argent illégal ? demanda Clara.
– Il n’y a rien de nouveau là bas, répondit Flora, plutôt un retour payant aux sources de l’humanité.
– Des hommes, c’est de cela dont ils manquent, dit Elena à voix basse.
– Exact.
– Que vont-ils faire à mon fils ?
– Il va y être élevé.
– Et ensuite ?
– II sera exploité, poursuivit Flora. Pour le plus grand plaisir de ces dames fortunées ou suffisamment influentes que pour bénéficier d’un accès. Dès qu’un garçon montre le bout de son nez, il est envoyé dans l’un des centres de Oldschool SA. Il y restera enferme toute sa vie, à servir de distraction le temps d’une soirée.
– Je suis donc loin d’être la première femme à mettre au monde un garçon.
– Pas la première mais vous êtes de moins en moins nombreuses, d’où leurs inquiétudes quant au stock d’hommes.
– Il suffirait de modifier les lois concernant l’ISP et d’autoriser les futures mères à choisir le sexe de leurs enfants non ?
– Le pouvoir en place ne veut nullement d’un quelconque retour en arrière. Quand vous avez enfin droit à l’entièreté du gâteau après des siècles où vous n’étiez réduites qu’à en faire la préparation, vous vous montrez plus que tatillonne à l’idée de devoir à nouveau le partager. Il y a cinq ans, nous avons mené une action commando pour exfiltrer plusieurs hommes. Nous avons subi de lourdes pertes mais avons tout de même réussi à en récupérer un. C’est ainsi que nous avons appris que tous les hommes qui arrivent dans un centre sont systématiquement rendus stériles, pour s’assurer qu’aucune participante ne puisse tomber enceinte, et surtout pas d’un garçon, lors des ces orgies. C’est pour cela qu’il nous faut agir vite.
– C’est pas vraiment ce que l’on nous apprend sur le matriarcat, fit remarquer Clara.
– Depuis que l’espèce humaine est sur cette terre, il n’y a jamais eu de véritable matriarcat, reprit Flora. Par exemple, les amazones n’ont aucune réalité historique, elles apparaissent dans les récits mythologiques de la Grèce antique comme personnages de fiction. Aucune tribu, aucune nation, aucun peuple n’a jamais été uniquement composé de femmes. Au mieux, les femmes se voyaient octroyer des droits aussi importants que les hommes comme celui d’élire le chef de clan, la matrilinéarité ou la matrilocalité. Mais l’homme était toujours présent et avait toujours un rôle. Aucun exemple de société non-mythique dans laquelle la femme exercerait le pouvoir au détriment de l’homme n’est connu. Nous avons acquis ce matriarcat extrême non par besoin ou évolution, nous l’avons acquis par la science et par la force, en dépit de toute considération naturelle. Résultat, aujourd’hui des femmes accourent tous les soirs vers des sites comme Musepink et payent une fortune pour passer du temps avec un homme, dans le plus grand secret. Je ne veux pas de cette société hypocrite.
– Chassez le naturel, il revient au galop, ironisa Clara.
– Mettons-nous en route, conclut Elena.
Assise à l’arrière de la voiture qui les emmenait au Musepink, Clara prit la main d’Elena sans que celle-ci ne bouge d’un iota. La tension était palpable au sein de l’habitacle. Elena restait silencieuse et contemplait le ciel qui, à mesure qu’elle s’éloignait de la ville, se parait de multiples étoiles. Clara ne put s’empêcher d’observer Elena, son visage subtilement maquillé qui rendait sa bouche pulpeuse, sa longue robe noire qui laissait apparaître ses épaules, ses escarpins dont le talon était si fin qu’il aurait pu être utilisé comme poignard. Ces apparats la rendait terriblement femme mais son regard était celui d’une mère inquiète.
Peu encline aux atmosphères pesantes, Clara s’adressa à Flora qui venait de clore un appel téléphonique :
– Tu t’es déjà rendue au Musepink ?
– Oui, à de multiples reprises, répondit-elle.
– Et… tu as eu l’occasion de t’envoyer en l’air avec un homme ? C’est comment ?
– Rares sont les femmes qui n’entretiennent pas une relation avec un homme lors de ces soirées, sauf peut être la première fois. D’ailleurs, tout est fait pour : L’alcool, les drogues, l’ambiance, sans oublier que ce n’est pas gratuit. Si tu achètes un billet de concert, tu veux entendre la musique et voir les musiciens.
– Et te taper le chanteur, enchérit Clara enchantée de compléter l’analogie.
– Voilà. Tout est là aussi pour que tu en tombes amoureuse, histoire que tu reviennes.
– Ça t’es arrivé ? Tu es tombée amoureuse de l’un de ces hommes ?
– Il est des blessures qu’il ne vaut mieux pas réveiller.
Se rendant compte qu’elle venait finalement d’alourdir encore un peu plus l’air ambiant, Clara ne voulu pas rester sur cet échec et décida de changer totalement de sujet :
– Si j’ai bien compris, depuis l’instauration de la gynocratie, on balaie progressivement toute trace de l’homme dans l’histoire. C’est quoi la prochaine étape selon toi ?
– Je pense qu’à terme, d’ici quelques générations, nos dirigeantes soulèvent l’espoir que les femmes penseront avoir toujours été les seules habitantes de ce terre. Les projets éducatifs vont dans ce sens. Les cours de biologie n’aborderont plus la procréation que par l’entremise de l’ISP, l’an 2050 sera un nouvel an zéro et tout ce qui l’a précédé sera estimé comme préhistorique. Il est également question de féminiser toute œuvre culturelle. C’est d’ailleurs déjà partiellement le cas. Tu sais qu’à l’origine, le film Titanic est une histoire d’amour entre un homme et une femme ?
– Beurk
– Émilie Zola se prénommait en réalité Émile, Victoire Hugo, Victor…
– C’est un homme qui a écrit Les Misérables?
– Oui et Jeanne Valjean est aussi un homme à la base, s’amusa Flora. Il a même été question de féminiser l’ensemble des mots du dictionnaire. Je pense que cela n’aurait pas été abandonné si l’ISP avait pu être appliquée à l’ensemble des animaux. Trop compliqué, trop coûteux. Bref, il y a toujours des cochons et on dit toujours un porc et une truie.
– Ou une cochonne.
Cette fois, le trait d’humour enfantin de Clara fit mouche et les trois femmes rirent ensemble. Il est souvent question du calme avant la tempête, ici c’était l’ultime moment de détente avant l’action
– Prête Elena ? demanda Flora.
– Plus que jamais.
– Nous ne pouvons pas aller plus loin avec notre véhicule. Je t’ai commandé un taxi, il te prendra en charge à l’entrée de la forêt pour te déposer devant Musepink.
– Partait.
– Une fois sur place, je te conseille de ne pas abuser des boissons et de la nourriture qui te seront proposées. Ils y ajoutent un mélange d’anxiolytiques et de puissants aphrodisiaques. Inutile aussi d’essayer d’utiliser ton écran intégré. Leurs brouilleurs d’onde sont des plus efficaces.
– Compris.
– Bonne chance Elena.
– T’as intérêt à revenir avec ton fils que je puisse enfin voir sa bouille, ajouta Clara avant de prendre son amie dans ses bras.
Elena sortit de la voiture qui quitta directement les lieux. A peine eut-elle le temps de ressentir la fraîcheur de la nuit que le taxi réservé par Flora vint se présenter à elle. Elena y prit place et celui-ci se mit en route en direction de Musepink. Elena sentait son cœur battre à tout va derrière sa poitrine. A nouveau, elle était seule. Elle vérifia une dernière fois la tenue de son maquillage à l’aide de son miroir de poche et déjà l’impressionnant bâtiment se dessinait au loin.
A peine sortie de son taxi, ses narines furent caressées par une subtile effluve de jasmin, de rose et de Ylang-ylang. Elle se dirigea vers l’immense porte d’entrée tout en tenant fermement son pass dans sa main droite. A sa surprise, aucun contrôle, aucune vérification, la prison de Musepink lui était offerte. Elle s’engagea dans le large couloir rectiligne et remarqua qu’un épais faisceau laser se dressait devant elle. Lorsqu’elle le traversa, elle vit son pass s’illuminer d’une lueur verte et la double porte qui lui barrait la route s’ouvrit lentement. Elle reconnu alors la pièce centrale de la prison. A peine avait-elle avancé de quelques pas qu’un droïde serveur vint lui proposer une coupe de champagne qu’elle déclina d’un revers de la main, se remémorant les conseils de Flora. Un rapide tour d’horizon lui permit de constater que toutes les portes étaient actuellement verrouillées. Elena dénombra une trentaine d’hôtes auxquels il convenait d’ajouter une dizaine de membres du service de sécurité de Oldschool SA, reconnaissables à leur tailleur noir orné d’un liseré de couleur ocre. Au dessus des convives trônait un immense compte-à-rebours holographique. Il indiquait à cet instant trente minutes.
« Priorité numéro un : Ne pas se faire remarquer » murmura-t-elle. Autrement dit, se fondre dans la masse, faire comme les autres et… les autres convives avaient toutes un verre à la main. « Mince, je commence fort… » jura-t-elle. Elle se précipita vers le droïde serveur qu’elle avait remballé quelques instants plus tôt et se saisit d’un verre. « J’ai changé d’avis » lui dit-elle avant de réaliser qu’elle venait de se justifier auprès d’un robot.
– J’ai vraiment intérêt à me calmer et me contrôler parce que là, j’accumule les conneries.
– Vous pensez à voix haute Mademoiselle, lui répondit-on d’un air amusé.
Elena sentit son sang se glacer dans ses veines et elle ne dû pivoter que de quelques degrés pour se retrouver face à la propriétaire de cette voix.
– Excusez-moi, répondit Elena, soulagée de constater que la femme qui venait de la surprendre ne portait pas de tailleur caractéristique.
– C’est votre première fois je parie. Allons, ne prenez pas cet air d’enfant prise la main dans le sac de bonbons. Nous sommes toutes passées par là. Et tout en lui tendant la main, elle ajouta : « Mirela, votre guide pour la soirée ».
– Elena, enchantée.
– Lors de ma première venue je pense que j’ai du attendre trois ou quatre passages et autant de coupes de champagne avant d’enfin me décider. C’est loin tout ça, aujourd’hui la cloche à peine effleurée et je fonce vers mon Apollon.
– A ce point ?
– Oui et ça va finir par me coûter une fortune ces soirées. Ils devraient proposer des abonnements ou je sais pas, la possibilité d’un louer un pour une semaine ou quinze jours par exemple. Je me vois bien sur la plage avec mon homme qui est aux petits soins pour moi pendant que je fais bronzette. Enfin, je m’égare, la société n’est pas encore prête pour ça. Toute cette discrétion, cette confidentialité, ça me saoule moi. Si j’ai envie de me taper un mec et de payer pour ça, ça me regarde non ? Enfin, je parle, je parle, et vous dans tout ça ?
A vrai dire, Elena ne savait pas quoi répondre. Surtout pas la vérité. Aussi progressiste que voulait s’affirmer Mirela, elle n’en restait pas moins le parfait exemple de cette classe sociale aisée totalement soumise aux idées et projets du gouvernement en place. Non par convictions mais parce que c’était avant tout l’assurance du parfait statu quo de leur confortable situation. Après réflexions, Elena se dit qu’elle aurait pu tomber plus mal, Mirela parlait surtout pour s’écouter. Autant l’utiliser à son avantage, elle lui demanda :
– Que se passe-t-il une fois que la cloche sonne ?
– Et bien les portes s’ouvrent et vous pouvez aller choisir votre homme, lui répondit Mirela.
– On va toutes au même endroit ?
– Non, il y a différentes salles, en fonction de vos envies.
– Et si jamais je ne trouve pas un homme qui me convient ?
– Et bien lorsque vous aurez fait le tour de la salle, vous vous retrouverez ici. Vous attendez le prochain décompte et au son de la cloche, libre à vous d’aller ailleurs. N’oubliez pas qu’il n’y en a que quatre donc ne tardez pas trop à vous décider si vous ne voulez pas rentrer bredouille. Je vous conseille de vite terminer votre verre car dans une minute, c’est parti. On se revoit peut-être plus tard.
– Merci et bonne soirée.
Le décompte arriva à zéro. Un bruit de cloche se fit entendre. La lumière se tamisa et l’ensemble des portes s’ouvrirent. Presque machinalement, Elena décida de suivre le chemin emprunté par la majorité des convives soit l’aile Nord. Nouveau passage dans un faisceau laser, son pass s’illumine une fois encore et alors que les portes se referment derrière elle, Elena se retrouve dans ce qu’elle identifie comme étant une ancienne aile cellulaire. Celle-ci a semble-t-il été coupée en deux, à l’aide d’un mur, sur sa longueur, de sorte que seul le côté droit abrite des cellules. Elena avance lentement, ses pupilles se dilatent et s’adaptent à la lumière discrète. Elle se retrouve à hauteur de la première cellule, dépourvue de porte. Quelques bougies sont disséminées à même le sol, une silhouette masculine apparaît au fond de la pièce. En croisant son regard, elle ne peut s’empêcher de crier. Elle avance de quelques mètres et s’assure de ne pas être poursuivie. Ce n’est pas le cas. Tout en reprenant ses esprits, elle voit au loin deux femmes en train de se battre à coups de sacs avant d’être rapidement prises en charge par le service de sécurité. « Si je crie ainsi devant chaque cellule, la prochaine à être embarquée, ce sera moi » se dit-elle.
Elle décide de reprendre sa marche. Avec soulagement, elle remarque que les trois prochaines cellules sont elles munies de portes et que celles-ci sont fermées. Une diode rouge au dessus de chacune semble indiquer qu’elles sont occupées. Alors qu’elle profite de ce qu’elle estime être un moment de répit, une jeune femme arrive face à elle d’un pas décidé. Le faible éclairage ne lui permet pas de distinguer la présence ou non du tailleur noir au liseré ocre. Lorsqu’elle arrive à sa hauteur, elle reconnaît finalement l’une des convives. Elle s’adresse à Elena: « Chou, c’est pas parce que c’est occupé pour le moment que tu ne peux pas mater. Regarde. ». La femme soulève le guichet de la porte de la cellule qui se trouve à sa portée. Elena y voit un homme à genoux sur un lit, entièrement nu et occupé à déverser une quantité non négligeable d’huile pailletée sur son torse qu’il masse frénétiquement. Un femme d’une soixantaine d’années est assise dans un large fauteuil en osier et semble contempler la scène tout en fumant une fine cigarette de la main droite. Sa main gauche étant elle enfouie sous ses vêtements, entre ses cuisses.
Ce sont les rires et réflexions de sa comparse soulevant un à un les guichets qui vinrent tirer Elena du spectacle qui s’offrait à elle. « Ce n’est pas ici que je trouverai mon fils » se dit-elle. Elle prit la décision de ne plus s’arrêter jusqu’à la sortie qui devait, si Mirela l’avait bien renseignée, la ramener dans la pièce centrale. Les cellules se suivaient et Elena constata que si leurs dimensions étaient identiques, leur aménagement, leur thématique était unique. Elle se demanda quelques secondes s’il s’agissait d’un choix personnel avant de se rendre à l’évidence, cela faisait partie du show. Qu’ils soient musclés, gringalets ou rondelets, certains hommes étaient nus et exhibaient fièrement leurs attributs. D’autres étaient pour ainsi dire costumés en accord avec la décoration de leur antre. Elena croisa ainsi un homme harnaché d’un collier qui attendait à quatre pattes, tête basse, à côté d’une gamelle vide, un autre uniquement vêtu d’une fine blouse dédiée aux patients, qui désinfectait minutieusement un stéthoscope avant de se coucher sur une table d’auscultation, un dernier entièrement revêtu de latex noir, une boule rouge enfoncée dans sa bouche, les mains attachées par des chaînes reliées aux murs. Certaines cellules semblaient avoir été regroupées et occupaient un espace plus important. Elles étaient identifiables par un écriteau lumineux qui semblait définir leur contenu : Le cirque, le bar, le supermarché… ces lieux étaient dédiés aux orgies. C’est à la fois avec dégoût et une certaine lassitude qu’Elena rejoignit la réception. Finalement, il ne s’agissait que d’une enfilade stéréotypée de cellules dédiées au sexe et à la luxure. Le raffinement, le désir ou la séduction n’avaient aucune place.
Elena jeta un regard vers le compte à rebours. Il affichait cette fois vingt minutes. Elle se saisit d’un verre à l’approche du premier robot servant et ne pu résister à le porter à ses lèvres. Le liquide frais et pétillant s’engouffra dans sa bouche. « Juste une gorgée » se dit-elle. Alors qu’elle faisait face à un étal composé de fruits frais, elle choisit une fraise et la croqua avec délectation.
– Champagne et fraise ce n’est pas un peut trop cliché ? lui demanda Mirela qui venait de la rejoindre.
– C’est plutôt ce lieu qui est un ramassis de clichés. Des hommes en cage, on se croirait dans un parc d’attractions…
– La première salle ne semble pas vous avoir convaincu. Elle manquait sans doute de finesse pour votre première fois. Si vous voulez mon conseil, à la prochaine cloche, dirigez-vous vers l’aile ouest. C’est, disons, différent.
– Différent ?
– Je vous l’ai dit, tout est fait ici pour satisfaire vos envies, quelles qu’elles soient. Visiblement, ce soir, ce n’est pas de gonzo dont vous avez besoin.
Elena n’osa pas lui dire qu’elle ignorait ce que gonzo signifiait. Il était finalement logique qu’elle se sente éloignée des envies et préoccupations de ces femmes qui venaient ici pour consommer des hommes. Elle était ici pour retrouver son fils et elle devait admettre qu’au stade actuel, elle n’avait rien appris de plus le concernant. Elle décida à nouveau de questionner Mirela:
– D’où viennent tous ces hommes ?
– A vrai dire, je ne me suis jamais posé la question, répondit Mirela, mais ce qui est certain, c’est qu’ils sont régulièrement renouvelés. Tous les mois, il y a des nouveautés et les hommes qui ont le moins de succès disparaissent de la circulation.
– Il en font quoi ?
– Aucune idée. On ne les revoit jamais. Je fréquente Musepink depuis son ouverture et jamais un homme n’a fait de réapparition. J’imagine qu’ils sont transférés dans un autre centre, qu’ils opèrent une sorte de rotation.
– Tu en parles comme du bétail.
– Non, comme de la marchandise, le bétail s’entretient, se protège et assure sa descendance. Les hommes en sont incapables. Sans nous, ils seraient déjà tous morts.
Avant qu’Elena puisse répondre quoi que ce soit, la cloche retentit. Elle décida de suivre la recommandation de Mirela et se dirigea vers l’aile ouest. De toute façon, se rendre à nouveau dans l’aile Nord était une perte de temps. Au moment de franchir la porte d’accès et son faisceau laser, elle remarqua que son pass vira à l’orange. Face à l’incompréhension qui se lisait sur son visage, un membre de la sécurité l’interpella :
– Cela signifie qu’il vous reste un seul accès après celui-ci Madame. Bonne soirée.
« Un seul accès » se répéta Elena, autrement dit, l’étau se resserrait.
Toujours dans ses pensées, Elena remarqua à peine les imposantes double portes s’ouvrir devant elle. C’est le calme, à peine menacé par les notes de musique classique jouées par un orchestre qui la ramena en pleine conscience. Elle venait de pénétrer dans ce qui ressemblait à un restaurant gastronomique uniquement composé de quelques tables individuelles. Un robot servant l’accueillit et l’invita à choisir son emplacement. Elena s’installa dans un coin de la pièce afin d’avoir une vue d’ensemble. A peine assise, un autre droïde vint prendre sa commande de boisson. Autour d’elle, seules deux femmes occupaient une table, leurs visages étaient masqués par un imposant menu qu’elles dressaient devant elles. Lorsque le droïde lui apporta son verre d’eau, il déposa sur la table une reliure noire sur laquelle était inscrite en lettres dorées « Musepink Selection ». Bien que son estomac ne criait guerre famine, Elena s’en saisit par curiosité.
A sa lecture, elle ne put retenir quelques insultes doublées d’une grimace, mélange de dégoût et de consternation. Il n’était pas étonnant que sa table ne soit pas munie de couverts. Les mets proposés avaient vocation à satisfaire un tout autre appétit. Chaque page de l’imposant ouvrage présentait un homme, le tout illustré par quelques photographies ainsi qu’une vidéo où celui-ci vantait ses qualités. En bas de page, le même message clignotait inlassablement: « Commandez ». Elena se mit à tourner quelques pages et c’est là que l’horreur vint la figer. Il n’y avait pas que des hommes qui composait ce catalogue, des mineurs étaient également proposés. Son cerveau fut alors pris d’un étrange dilemme. Elle aurait voulu refermer l’ouvrage, crier sa colère et sa rage mais une part d’elle même voulait savoir jusqu’où la monstruosité pouvait aller. Mécaniquement, elle tourna les pages une à une en se focalisant uniquement sur l’âge renseigné. Seize ans, quatorze ans, douze ans. Elle frémit en se rendant compte qu’il lui restait encore une dizaine de pages à parcourir avant d’en avoir fini avec ce qui s’apparentait désormais à un supplice. Après avoir porté un rapide regard sur l’ultime page, les larmes commencèrent à couler. Le plus jeune mâle offert en pâture n’était âgé que de six ans.
Elena déposa avec l’énergie du désespoir le macabre catalogue. Elle fut sortie de sa torpeur par un droïde qui vint à sa rencontre et lui demanda :
– Vous avez fait votre choix Madame ?
– Non. Laissez-moi tranquille, répondit-elle sèchement.
– Très bien Madame. Je reviens plus tard.
– C’est inutile, je ne reste pas.
– Si tel est votre choix, bonne fin de soirée Madame. Nous espérons vous revoir prochainement en notre établissement. N’oubliez pas de remplir notre questionnaire de satisfaction.
Prise de nausées, Elena se leva et se dirigea vers les toilettes. Elle se rafraîchit abondamment le visage à l’eau froide et, alors qu’elle était occupée à fixer son reflet dans le miroir, elle fut rejointe par un membre de la sécurité de Oldschool SA. Après une salutation des plus formelles, cette dernière s’enferma hâtivement dans une toilette. Alors qu’elle s’apprêtait à quitter les lieux, Elena remarqua un sac à main déposé sur une étagère qui maintenait une pile d’essuies. Après quelques secondes d’hésitation, elle décida de l’ouvrir. La première chose qu’elle en sortit fut un badge d’authentification. Aucun doute possible, ce sac appartenait à la femme qui était, si l’on se référait aux bruits qui emplissaient désormais les lieux, occupée à déféquer. Elena sentit son rythme cardiaque s’accélérer. La main tremblante, elle sortit du sac le pass qu’il contenait et le remplaça par le sien. Elle referma le sac et s’obligea à ne pas courir pour rejoindre la sortie. Au moment de passer le faisceau laser, le temps sembla s’arrêter, sa tête allait exploser. Elle s’imagina entendre une voix derrière elle crier au vol, être plaquée au sol et devoir répondre de ses actes. Rien de tout cela ne se produisit. Les portes s’ouvrirent et le brouhaha de la réception lui tendit les oreilles.
Combien de temps lui restait-il avant que le subterfuge ne soit découvert ? Impossible à dire mais elle devait agir vite. Le compte à rebours n’affichait que cinq minutes. Elena remarqua que seule l’aile sud était accessible par un ascenseur. Tout en marchant en sa direction, elle ôta une coupe de champagne au plateau du droïde servant qui l’aborda. Au loin, elle vit Mirela qui discutait avec deux membres de la sécurité. Tout en gardant un œil sur elles, elle s’immobilisa devant l’ascenseur. Elle constata alors que ce dernier était démuni de boutons d’appel. Elle sortit alors le pass de son sac et lorsqu’elle l’approcha des portes, celles-ci s’ouvrirent.
Elena s’engouffra à l’intérieur et les portes se refermèrent. Elle vit sur sa gauche le panneau de commandes lui permettant de changer d’étage. Aucun descriptif n’accompagnant les touches, instinctivement, elle choisit l’étage le plus élevé. « Un once d’humanité subsiste peut-être au sein de cette organisation pour qu’elle choisisse de garder les bébés au plus loin de toute cette agitation » se dit-elle.
Lorsque les portes s’ouvrirent à nouveau, elle comprit immédiatement s’engager dans une aile médicalisée, son odeur typique venant agresser ses narines. Alors qu’elle progressait timidement dans le couloir central, son attention fut retenue par un bruit mécanique qu’elle ne tarda pas à reconnaître : Celui des droïdes se déplaçant. Elle n’était donc pas seule mais rien ne présumait à ce stade d’une autre présence humaine. Au fur et à mesure qu’elle avançait vers la source sonore, son cœur tambourinait dans sa poitrine. Seule une porte vitrée la séparait désormais du ballet que composait les mouvements des droïdes. Elle sortit à nouveau le pass qu’elle avait volé et la porte s’ouvrit. Avec soulagement, elle constata que sa présence ne semblait nullement perturber lesdits robots. Ceux-ci voyageaient de pièce en pièce, muni tantôt de langes ou de biberons. Elena repéra une pièce à la lumière tamisée et y pénétra. Elle se retrouva face à une dizaine de lits pour bébé. Elle semblait toucher au but mais une nouvelle crainte prit immédiatement le relais, son fils était-il ici et surtout, allait-elle pouvoir le reconnaître alors qu’elle ne l’avait aperçu que durant quelques secondes ?
Méthodiquement, Elena passait de lit en lit et observait ces graines de vie plongées dans un profond sommeil. A mesure qu’elle progressait, elle ne cessait de se répéter qu’il devait être là. Lorsqu’elle s’arrêta à hauteur du huitième lit, un océan de soulagement vint l’envahir. C’était lui, emmitouflé dans sa gigoteuse, les yeux fermés, les poings serrés, totalement immobile, si ce n’est une lente respiration qui gonflait et dégonflait ses poumons à un rythme régulier.
D’un geste sans doute hérité de la branche maternelle de son arbre généalogique, Elena saisit son fils, positionnant une première main sous sa tête et la seconde venant soutenir le bas de son dos ainsi que ses fesses. Elle le serra doucement contre sa poitrine tout en faisant basculer lentement son bassin de gauche à droite. Ils étaient enfin réunis.
Tout en gardant son nouveau-né contre elle, Elena emprunta le chemin inverse et se retrouva face à l’ascenseur. A peine fut-elle à l’intérieur qu’il se mit à descendre sans qu’elle n’ait eu besoin d’activer le moindre bouton d’appel. Lorsque les portes s’ouvrirent au niveau de la réception, elle se retrouva à quelques mètres de Mirela, désormais rejointe par plusieurs autres membres de la sécurité. Son sang ne fit qu’un tour lorsqu’elle reconnu la femme dont elle avait volé le pass. Mirela fut la première à voir Elena mais curieusement, son observation resta silencieuse. Était-ce le fait de s’être sentie grugée par Elena ou la vision de cette femme tenant un bébé dans les bras qui la maintenu muette, toujours est-il que ce fut la victime du pass volé qui brisa ce moment suspendu en pointant son bras droit en direction d’Elena et en criant « C’est elle ».
Aucune issue, courir n’était pas une option. Elena appuya sur le premier bouton d’appel que parvinrent à toucher ses doigts et les portes se refermèrent juste sous le nez des membres de la sécurité les plus réactifs. L’ascenseur se mit à descendre et s’arrêta au deuxième sous-sol. Elena sortit telle une proie, cherchant à s’éloigner de ses poursuivants, ouvrant chaque porte avec l’espoir d’y trouver une solution. Tout comme dans l’aile médicalisée, elle se retrouva en présence de multiples droïdes. II n’était cependant pas question de biberons ou de couches puisqu’Elena venait d’arriver dans les cuisines de Musepink. Elle vit au fond du couloir un chariot de distribution de repas. Celui-ci se composait de deux compartiments, le plus élevé était réservé au maintien des denrées chaudes, le second aux denrées froides. Elle se glissa dans le second et referma les portes. Elle se retrouva ainsi plongée dans le noir complet. Quelques secondes plus tard, elle entendit le bruit des membres de la sécurité à sa recherche. Sans prévenir, elle sentit que le chariot venait de se mettre en mouvement. II lui était difficile d’estimer la direction qu’elle prenait et encore moins la distance qu’elle était en train de parcourir mais Elena eut l’impression d’avoir rejoint l’extérieur. Sans doute était-ce là son unique chance de pouvoir quitter les lieux. Elle voulu donc sortir et se mit à chercher tout mécanisme qui lui permettrait d’ouvrir la porte. Elle dû cependant se rendre à l’évidence, rien n’avait été prévu pour ouvrir la porte depuis l’intérieur du chariot. Elena était donc bel et bien coincée à l’intérieur avec son fils.
Elle se mit en boule dans un coin et tentait d’apaiser sa tristesse en caressant délicatement le visage de son fils. Vu qu’il s’agissait sans doute des derniers instants qu’elle pourrait partager avec lui, autant tenter d’en profiter. Soudain, des voix se firent entendre autour d’elle. Le chariot paru être secoué et Elena ne put s’empêcher de glisser au côté opposé. Deux claquements secs la firent ensuite sursauter puis se fut le silence complet durant de longues minutes. C’est coupée d’une partie de ses sens qu’Elena finit par s’endormir.
La porte s’ouvrit enfin. Lentement, Elena s’extirpa de sa cachette, tenant toujours son fils fermement contre elle. Ses yeux encore habitués à l’obscurité ne lui permirent que de distinguer plusieurs silhouettes immobiles autour d’elle. C’était fini. Que pouvait-elle dire pour sa défense ? Si le sort de son fils lui était désormais connu, qu’en était-il à présent du sien ? Son corps meurtri par son séjour de plusieurs heures au sein du chariot lui empêchait toute tentative de fuite. Elle était résignée. Les larmes coulaient à nouveau sur ses joues et elle ne cessait de répéter à voix basse « je t’aime » à son fils. Elle restait là, les yeux fermés, à la merci de ses bourreaux.
Curieusement, aucun ordre ne lui avait encore été donné. Soudain, elle perçu du mouvement autour d’elle. Elle reconnu immédiatement ce bruit mécanique si spécifique. C’était celui des droïdes. Lorsqu’elle fini par ouvrir les yeux, elle s’aperçut qu’elle se trouvait à l’entrée d’un centre de traitement des déchets, uniquement entourée de machines. Aucun humain à l’horizon. Sans perdre de temps, elle activa son écran intégré et commanda un taxi.
Une heure de route plus tard, le taxi la déposa à proximité de chez Flora. Elle rejoignit l’imposante habitation à pieds. A peine eut-elle franchit le portail de quelques mètres qu’elle entendit au loin la voix de Clara qui criait son prénom. Arrivée à sa hauteur, elle put constater que celle-ci était en pleurs et dû visiblement se concentrer pour parvenir à lui dire quelques mots:
– On t’a attendu toute la nuit avec Flora, on te pensait prisonnière ou morte.
– C’est une longue histoire.
– Ton fils va bien ?
– En tout cas, il semblerait qu’il passe déjà ses nuits, il n’a pas pleuré une seule fois.
– Sacré bonhomme. D’ailleurs, tu as choisi son prénom ?
– Musepink ça sonne pas mal.
Je tiens à adresser mes remerciements sincères et chaleureux à :
- – L’équipe du SAD de la prison de Marche-en-Famenne pour leur aide dans mes recherches,
- – Ma mère pour son écoute et ses pétillantes idées,
- – Les détenus qui se sont montrés soutenant et ont pris le temps de me lire.
Cette nouvelle est dédiée à ma fille…. qui devient femme.
Alain Offgarde
